26/07/2012

Qui donc était le BOEUF TIGRE ? par P.Michaud

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La réponse à ma question?

Madame Elisabeth Badinter dans son dernier ouvrage p.112 (cliquer)nous révèle que « Boeuf-Tigre » est l’aimable surnom dont Voltaire a affublé le conseiller Pasquier, cet  homme qui est devenu ,après son intervention au procès du Chevalier De La  La Barre ,le symbole même de l’intégrisme fanatique et intolérant.

En juillet 1765, à Abbeville, accompagné du jeune d’Étallonde de Morival, un jeune garçon de 18 ans  La Barre était passé devant une procession sans se découvrir. Le 9 août de la même année, une croix de bois posée sur le Pont-Neuf d’Abbeville fut mutilée.

 L’évêque d’Amiens, de La Motte d’Orléans, publia en conséquence un monitoire.,cette déclaration de soupçon de l’ancien régime.( cliquer)

Un vieux juge d’élection, Duval de Saucourt Duval s’empressa d’accuser son jeune ennemi. Il appuya sa dénonciation sur le fait de la procession non saluée; il mentionna aussi que La Barre avait, à la fin d’un souper, chanté des chansons contraires à la religion. . La Barre et d’Étallonde furent condamnés à avoir la langue et la main droite coupées et à être ensuite brûlés vifs. D’Étallonde s’échappa et alla servir le roi de Prusse.  La Barre avait fait appel au parlement de Paris ;

il  comparaît seul, assis sur une sellette,  sans l’assistance d’un avocat, devant vingt-cinq juges du parlement de Paris, hors de tout regard public, comme c’était le droit sous le régime de l’ordonnance criminelle de Colbert (1670), droit qui fut abrogé par le décret du 10 octobre 1789 . (cliquer)


 .Le rapporteur Pellot, enclin à l’indulgence, fut suivi par une dizaine de conseillers, mais l’intervention véhémente du conseiller Pasquier emporta l’adhésion des quinze autres juges : « Il a ouvert l’avis de la rigueur, a péroré avec beaucoup de violence contre les philosophes et contre M. de Voltaire, qu’il a nommé : il a présenté les profanations d’Abbeville comme un effet funeste de l’esprit philosophique qui se répand en France ». Le parlement  émenda la sentence du premier juge (28 février 1766) en ordonnant que le coupable serait décapité avant d’être livré aux flammes (arrêt du 5 juin 1766).

Cet enfant fut d’abord appliqué à la torture par le brodequin. Il s’évanouit, puis, rappelé à lui, déclara sans se plaindre qu’il n’avait pas de complices. Il fut ensuite conduit au lieu du supplice, dans un tombereau, avec un écriteau portant: Impie, blasphémateur, sacrilège abominable et exécrable. Ce mineur  monta sur l’échafaud avec un courage tranquille, sans plainte, sans colère et sans ostentation. Tout ce qu’il dit au religieux qui l’assistait se réduit à ces paroles : Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un jeune gentilhomme pour si peu de chose. » (Relation de la mort du chevalier de La Barre, par M. de Casen... (cliquer)[pseudonyme de Voltaire].)

Voltaire fit les plus grands efforts pour obtenir la réhabilitation de la mémoire du chevalier de La Barre et la révision du procès de d’Étallonde. 

 Le procès du CHEVALIER DE LA BARRE  devint  HISTORIQUE CLIQUER

Le 25 brumaire an II, la Convention, sur la proposition de Lebon, abolit les jugements des 28 février et 5 juin 1766, réhabilita la mémoire de La Barre et d’Étallonde, « victimes de la superstition et de l’ignorance », autorisa leurs héritiers à se mettre en possession des biens qui pouvaient leur appartenir, ou, en cas de vente, à en toucher l’équivalent au Trésor.

 De Toulouse à Paris, tous les juges qui s’étaient signalés par leur fanatisme religieux, leur incompétence criminelle ou leur cruauté étaient désignés comme « boeufs-tigres » par Voltaire et ses amis. Ils incarnaient l’intégrisme fanatique, la pensée obligatoire unique dont Voltaire et ses amis ne voulaient plus.

Le surnom de Bœuf Tigre  fut donné par Voltaire aux intégristes de tout poil.

Mais  tous les magistrats de cette époque ne sont pas les instruments aveugles de la répression. Inspiré par Montesquieu et surtout par Beccaria, Servan du parlement de Grenoble  (cliquer)s’en prend au secret de la procédure, à l’isolement de l’accusé, au régime cruel des prisons et à la torture notamment dans son  discours de la rentrée 1766, Sur l’administration de la justice criminelle,(cliquer) qui lui vaut alors un succès considérable et fait de lui le modèle de la nouvelle magistrature, l’anti-bœuf-tigre par excellence.

Il est suivi par l’avocat général Dupaty du parlement de Bordeaux (cliquer)

Commentaires

Très interessant!y a-t-il encore des Bœuf Tigre aujourd'hui en France? Peut-être le juge Fabrice Burgaud.... A part ça, M. de Casen qui a également écrit "Le Fanatisme ou Mahomet le prophète" serait-il surpris de constater que les termes d'"Impie, blasphémateur, sacrilège abominable et exécrable." sont maintenant invoqués (à propos des caricatures danoises, par exemple, mais pas seulement) par les tenants de la religion dont il avait utilisé le nom pour échapper à la censure de l’époque ? En un peu plus de deux siècles, le délit de blasphème a opéré un glissement d'une religion à une autre. Cette dernière pourrait très bien receler parmi ses juges de nombreux Bœuf Tigre. Et si elle prend encore plus d'essort dans notre douce France, nous aurions de quoi manifester quelque inquiétude!

Écrit par : francis fratta | 31/08/2007

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