01/03/2007

HENRY IV: UN BON SOUVENIR HISTORIQUE !

medium_henri_iv.2.jpgRelèvement économique du royaume

 

C'est pour l'essentiel sur ce point que repose la réputation d'Henri IV.

 

 Après un demi-siècle de troubles intérieurs, qui eux-mêmes suivaient des guerres à l'extérieur, son règne marque une pause, dont profite l'économie du royaume. Quels sont les efforts fournis par Sully ? Quels sont leurs résultats ? Survivront-ils au roi ?

Relèvement des finances

En 1598, selon Sully la dette se monte à 296 millions de livres, dont le quart est dû à l'étranger. Sully, pour honorer la dette envers l'étranger, rogne sur les remboursements intérieurs. Par exemple, il "oublie" de payer certains quartiers... Excellent pour sa popularité...


Il récupère le Domaine Royal aliéné (pour contenter les gens puissants pendant la guerre civile, le pouvoir royal leur avait octoyé des morceaux du Domaine ; le Domaine étant l'ensemble des terres qui appartiennent en propre au Roi (il en est l'usufruitier, pas exactement le propriétaire)), au moyen d'accords passés avec des financiers, qui rachètent les terres en question, les rendent au roi mais peuvent jouir de l'usufruit pendant 16 ans (ce qui assure à long terme des revenus dans les caisses de l'Etat).

L'impôt direct (les recettes générales ; elles sont constituées par la taille) est abaissé, les arriérés de paiements sont même annulés (1596 et 1599), mais les impôts indirects (ou fermes : gabelle, sur le sel ; aides, sur la consommation et la circulation des denrées...) sont augmentés (notamment la gabelle, de 25%). Là encore, rien de tel pour assurer votre popularité.

En 1604 est institué le "droit annuel" vite surnommé la Paulette, du nom du financier Paulet qui a été chargé de son application, qui permet aux officiers publics ministériels de transmettre leur charge comme un héritage, contre le paiement d'un droit annuel, égal au soixantième du prix de l'achat. (L'office  est une charge, que l'on achète au roi, pour exercer une fonction publique. On peut comparer avec les notaires, par exemple, qui achètent toujours leur charge entre eux sans donner aucune redevance à l’Etat , la paulette ayant été supprime en 1791.

Au départ facultative et temporaire, cette mesure connaît un réel succès, et sera renouvelée tous les neuf ans. Elle assure à l'Etat un revenu régulier, que l'on peut grossir en créant de nouveaux offices, (et les successeurs d'Henri IV, notamment son petit-fils, Louis XIV, ne s'en priveront pas) ; de plus, le renouvellement de la mesure par le roi ne sera jamais offert gratuitement..

 Mais cette politique des ‘offices »  accroît l'autonomie des officiers dits ministériels , qui forment dorénavant une "classe"(la noblesse de robe)  plus solide que celle  notamment des avocats qui ,modestes  « auxiliaires » du parlement ne sont considérés que comme des « juristes roturiers »

Le roi perd en autorité ce que la noblesse de robe  gagne en argent.

Par ce genre de politique dure et très impopulaire, Sully parvient à assurer à l'Etat un revenu d'environ 30 millions de livres par an : il peut rembourser les dettes, se lancer dans des dépenses utiles (infrastructures, manufactures...) et même, constituer des économies (le "trésor de la Bastille", de 32 millions de livres environ. Il sera utilisé par Marie de Médicis pour obtenir la soumission des Grands, pendant la Régence).

Les deux mamelles de la France La France du XVIIème est encore un pays largement agricole.

Sully s'inspire, dans ce domaine, des idées d'un agronome, Olivier de Serres, exposées dans son Théâtre d'agriculture et message des champs (1601).

Pour permettre le retour de la sécurité dans les campagnes, le port d'armes à feu y est interdit en août 1598.

Par ailleurs, le bétail et les instruments aratoires sont déclarés insaisissables en cas de dettes (1595) ; et les arriérés de paiement de la taille sont remis à deux reprises, en 1596 et 1599.

Le commerce du blé se libéralise ; en 1604 toutefois, les exportations vers l'Espagne seront interdites. L'Etat aide les expériences d'introduction de nouvelles cultures (par ex. le mûrier, où se développe le ver à soie). Des assèchements de marais sont également entrepris.

Le relèvement est assez rapide. Mais l'agriculture française reste très primitive.

 

L'industrie Dans ce domaine, c'est Barthélémy de Laffemas qui inspire Sully.

Pour lutter contre les "malfaçons" (défauts de fabrication), une ordonnance d'avril 1597 ordonne la transformation de tous les métiers libres en jurandes (ou corporations), pour permettre une réglementation des techniques. Le texte ne sera pas vraiment appliqué.

Tandis qu'un tarif douanier protecteur est adopté, un édit d'avril 1599 interdit les importations de matières premières ; la mesure sera assouplie en 1601-1602 pour les étoffes de soie.

Enfin, un nouveau système de manufactures est instauré. Elles bénéficient de privilèges fiscaux, de machines perfectionnées, et des avantages sont concédés aux experts étrangers qui viennent en France. La plus connue des manufactures ainsi créées est sans doute celle des Gobelins. Malgré les limites du système (notamment un manque criant de capitaux), les industries courantes se relèvent.

 

Le développement du commerce

 L'amélioration des voiries, de la navigabilité des voies fluviales (creusement de canaux), et la paix retrouvée favorisent l'essor du commerce intérieur.

L'Espagne est le pays vers lequel la France exporte le plus. Inondée de l'or de ses colonies, elle achète tout et produit peu ; à long terme, elle s'effondre économiquement. Mais elle est encore puissante. La France commerce également avec l'Italie et l'Angleterre.

Le commerce maritime français souffre cruellement d'un manque de flotte. La Méditerranée est sillonnée de pirates barbaresques ; c'est par un accord avec le sultan Ahmet (Nouvelles Capitulations*, 1604) qu'Henri IV tente d'épargner ses rares navires de commerce (non défendus par une flotte de guerre, comme les navires anglais et hollandais).

Pour développer le commerce colonial, Henri IV crée une compagnie sur le modèle de la V.O.C. (Cie Hollandaise des Indes), qui sera active surtout après sa mort. Des colonies sont fondées (1604, en Acadie : fondation de Québec par Champlain...), mais encore une fois, le manque de capitaux (placés dans des offices...) est une lourde entrave aux initiatives.

* Les Capitulations sont un traité d'alliance signé entre François Ier et le sultan, en 1537.

 

Sur l'oeuvre économique du règne d'Henri IV.

 Certes, la reprise de l'agriculture est réelle. Toutefois, les résultats dans les domaines industriel et commercial sont loin des espérances.

En fait, il y avait trop à faire, et la période de paix a été trop courte, puisque les troubles civils ont repris sous la Régence de Marie de Médicis, dès 1610.

Mais des progrès sont réellement accomplis ; pour preuve, la fameuse légende du Bon Roi Henri pacificateur et soucieux de ses sujets (dans une lettre à Sully, il a exprimé son désir de les voir mettre la poule au pot tous les dimanches ; mais cela n'a jamais constitué un programme, et les paysans français en étaient loin...), élaborée après sa mort, traduit bien la nostalgie d'un temps meilleur.

08:15 Publié dans La justice dans la cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presidentielle, politique, bayrou, royal, sarkozy | |  Facebook |  del.icio.us | | Digg! Digg | | Pin it! |  Imprimer | | |

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