20/10/2007

UNE VISION D’ESPOIR ? par André Larané

ad0e9cf0a369a4cda75398486254abec.jpgLe «  fantastique » débat porteur d’avenir sur la retraite à 55 ans    des avocats, ne doit pas nous faire oublier le reste du Monde.

« Les  convulsions que nous voyons se produire aujourd’hui peuvent être comprises non comme les manifestations d’une altérité radicale  mais au contraire comme les symptômes classiques d’une désorientation propre aux périodes de transition »

Dans un souci d’ouverture vers les autres , je bloque l’analyse de l’étude de l'historien Emmanuel Todd et du  démographe Youssef Courbage

Le rendez-vous des civilisations (Seuil, septembre 2007, 178 pages ).

Pour répondre à l'Américain Samuel Huntington qui a prédit une inéluctable confrontation entre l'islam et l'Occident (Le choc des civilisations, 2000), L'historien Emmanuel Todd et le démographe Youssef Courbage nous livrent une vision iconoclaste du monde musulman

En croisant les indices de fécondité, le taux d'alphabétisation, les structures familiales et l'histoire, Emmanuel Todd et Youssef Courbage nous montrent dans Le rendez-vous des civilisations que les pays à risques ne sont pas nécessairement ceux que l'on croit !..


Non sans parti-pris, ils en concluent que ces pays évoluent comme les autres et sont, pour la plupart, voués à s'aligner sur les standards occidentaux !

Un islam, des islams 

Les auteurs soulignent en premier lieu l'extraordinaire diversité des sociétés musulmanes, en dépit du poids de la religion.

Tout sépare par exemple le Yémen, encore très peu alphabétisé, avec une fécondité supérieure à 6 enfants par femme, de l'Iran ou de la Tunisie, où l'alphabétisation est massive, y compris chez les femmes, et l'indice de fécondité à peine égal à 2 enfants par femme comme en France !

La diversité s'exprime aussi dans le statut social des femmes, qui semblerait bien davantage lié aux modèles familiaux préislamiques qu'à la religion elle-même.

Dans le monde arabe (du Maghreb à l'Irak), l'endogamie prédomine (on se marie de préférence entre cousins) ainsi que la lignée paternelle. Avec pour conséquence, selon les auteurs, une structure familiale stable (pas de conflit entre belles-mères et brus, pas d'infanticide des filles). La polygamie concerne dans le monde arabe quelques pourcents des femmes.

En Afrique noire, rien de tel. Un quart à la moitié des femmes vivent en ménage polygame mais d'une façon souvent très autonome, chaque coépouse disposant de sa propre case. Cette polygamie traditionnelle concerne aussi bien les populations musulmanes qu'animistes ou chrétiennes ! La fécondité reste élevée (5 à 8 enfants par femme)même si les démographes croient discerner les premiers signes de reflux.

En Malaisie et en Indonésie, c'est encore un autre monde. La prépondérance revient à la lignée maternelle. Les filles sont autant désirées que les garçons (on ne note pas d'infanticides ou d'avortements sélectifs comme en Chine ou en Inde). Les femmes tiennent leur rang dans la société et sont par exemple plus nombreuses que les hommes dans l'enseignement supérieur !

L'école, contraceptif efficace

Youssef Courbage et Emmanuel Todd insistent plus particulièrement sur l'alphabétisation : « La variable explicative la mieux identifiée par les démographes n'est pas le PIB par tête, mais le taux d'alphabétisation des femmes. Le coefficient de corrélation associant l'indice de fécondité au taux d'alphabétisation féminin est toujours très élevé... »

Les auteurs montrent que la contraception et la baisse de la fécondité interviennent le plus souvent après que la moitié des hommes aient accédé à la lecture et au moment où la moitié des femmes y accèdent à leur tour. Ensuite, la décrue peut être brutale (Iran, Algérie,...). Mais elle peut aussi se ralentir, s'interrompre et parfois même amorcer une légère remontée (Syrie, Malaisie,...).

Incontournable, la laïcité ?

« L'effacement du religieux serait-il une pré-condition de la modernisation démographique ? » s'interrogent les auteurs du Rendez-vous des civilisations. Leur question dérive de ce que le déclin de la ferveur religieuse aurait peu ou prou coïncidé en Europe occidentale ainsi qu'au Japon avec la poussée de l'alphabétisation et la chute de la fécondité.

La concomitance de ces trois facteurs reste à vérifier. Autorise-t-elle par ailleurs une relation de cause à effet ? Rien n'est moins sûr. Par exemple, les États-Unis (ce n'est pas rien) cumulent ferveur religieuse, alphabétisation de masse et fécondité modérée...

Et le stade européen, avec à peine plus d'un enfant par femme, peut-il être considéré comme « moderne » et inéluctable, sachant que, sauf retournement, il mène mathématiquement à une disparition rapide des sociétés en question ?

Dans ces conditions, il est osé de supposer comme Youssef Courbage et Emmanuel Todd que la chute de la fécondité et l'alphabétisation en Iran, en Tunisie, au Maroc et ailleurs dissimulent un troisième larron : l'indifférence religieuse, voire l'athéisme !

À l'encontre de leur supposition, eux-mêmes notent d'ailleurs que la baisse de la fécondité tend dans de nombreux pays à s'interrompre ou se ralentir en dépit des progrès économiques et éducatifs. C'est le cas dans des pays émergents comme la Malaisie et l'Indonésie.

Il me semble aussi, a contrario, que dans l'État indien du Kérala, à majorité hindoue et catholique, la fécondité moyenne a atteint un niveau « européen » (moins de 2 enfants par femme) sans que la ferveur religieuse des habitants soit en cause...

La « guerre des berceaux »

Les auteurs reconnaissent beaucoup d'exceptions à leur modèle d'évolution démographique, exceptions qui s'expliquent le plus souvent par le contexte géopolitique fait de rivalités entre communautés historiques, ethniques et/ou religieuses.

Par exemple, si les Kossovars musulmans conservent une fécondité nettement plus élevée que leurs cousins albanais, cela pourrait être dû à leur souci de s'imposer face aux Serbes qui partagent avec eux le territoire. Le même phénomène s'est observé d'ailleurs en Irlande du nord, avec les Irlandais catholiques et les colons d'origine écossaise.

Mais l'exception la plus notable concerne le sous-continent indien qui, l'air de rien, abrite près de la moitié des musulmans de la planète : environ 450 millions dont 160 au Pakistan, 140 au Bangladesh et 140 en Inde !

Le Pakistan, qui accumule tous les retards (sauf en matière nucléaire !), conserve une fécondité de 4,6 enfants par femme. On retrouve le même taux chez les musulmanes de l'Inde du Nord.

État par État, on voit dans l'Union indienne que les musulmanes ont à peu près partout un enfant de plus que les hindoues. À ce rythme-là, le sous-continent pourrait compter autant de musulmans que d'hindous en 2050.

Faut-il voir dans ce genre de déséquilibre un nouveau risque de conflit ? Ou vaut-il mieux conclure comme Youssef Courbage et Emmanuel Todd : « La convergence des indices de fécondité permet de se projeter dans un futur, proche, dans lequel la diversité des traditions culturelles ne sera plus perçue comme génératrice de conflit, mais témoignera simplement de la richesse de l'histoire humaine » ?

André Larané

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