21/06/2015

Revue de presse sur l’élection du fric

avocat et la morale.jpgcette tribune a été préparée par un des 9 candidats dont je ne citerai pas le nom pour éviter des contentieux futurs


Je n’ai pas résisté à la tentation de vous en faire part.

« Bataille sans merci pour un bâtonnat de Paris très convoité » (Le Figaro), « L’élection du futur bâtonnier de Paris donne lieu à des affrontements féroces » (Les Échos), « Des avocats plaident pour un bâtonnier sans vice » (Le Monde), « Une baston pour un bâton » (l’L’Obs).

Jamais une élection au Bâtonnat n’avait été aussi commentée.

Le Point, à lui tout seul, lui a consacré quatre articles : « Qui va l'emporter ? », « Une course très disputée », « tout ça pour un bâton ! », « à qui profite la fonction ? »



L’avocat  de base aurait aimé voir dans cette avalanche d’articles une forme de reconnaissance, un hommage rendu à la fonction sociale de l’avocat, de plus en plus bousculée, mais aussi de plus en plus nécessaire.



Ce n’est malheureusement pas ce qui domine dans les articles que j’ai parcourus.

On y décrit une âpre bataille pour le pouvoir, le prestige, les avantages
…

Cette campagne cumule, il est vrai, une série de records : c’est la campagne la plus longue, la plus chère, la plus âprement disputée (9 candidats) dans l’histoire du Barreau parisien.

Je vous en livre un florilège

Les motivations prêtées aux candidats


 

« Ils livrent bataille pour le très prestigieux fauteuil de bâtonnier de Paris. S'assurant ainsi gloire et notoriété pour les deux prochaines années, mais également une solide carte de visite pour l'avenir. La fonction offre à son détenteur une porte d'entrée dans la sphère politique et les cercles du pouvoir. Il représente le barreau partout où il va ».(L’Obs).


« Derrière ce bâton de maréchal se profilent de belles affaires médiatiques et des arbitrages lucratifs. Cerise sur l’épitoge, c’est la Légion d’honneur quasi assurée et la délectation de côtoyer, dans l’un des beaux bureaux du palais de justice avec vue sur Seine, les œuvres de ceux qui ont marqué l’histoire des lieux depuis saint Louis. Pas étonnant, alors, qu’ils soient à chaque fois plus nombreux ». (le Point).

Train de vie somptuaire

« Pourquoi vouloir à tout prix devenir bâtonnier ? Le prestige, bien sûr. Mais le fauteuil promet aussi des indemnités qui ne sont pas à négliger : autour de 220 000 euros annuels, auxquels s'ajoutent la voiture et le gyrophare de fonction, les appartements privés place Dauphine, l'une des plus belles places de Paris, et une prime de départ de 90 000 euros. (L'aura du poste tient aussi aux hochets dont le bâtonnier dispose. A commencer par un contingent de décorations dont le petit monde des avocats raffole. Sans parler des postes rémunérés de secrétaires de commission à distribuer à ses fidèles soutiens
… Dans son budget annuel, l'Ordre des Avocats de Paris dispose encore d'une enveloppe tournant autour des 5 millions d'euros». (L’Obs).

Tous les coups sont permis

« Coups bas, rumeurs malsaines
… la campagne pour diriger le premier barreau de France est électrique » (les Échos)

« À la veille des élections, les rumeurs assassines et coups de poignard dans le dos vont bon train » (le Point)

« Les noms d’oiseau fusent. Mais si devant leurs confrères, les compétiteurs retiennent leurs flèches, une fois les micros éteints, les petits-fours avalés et les coupes de champagne vidées, dans les couloirs, les noms d’oiseau fusent : populiste, trop politique, on glose sur la vie privée de l’un, les réseaux de l’autre
… L’obligation de «délicatesse entre confrères est bien loin» (Les Échos)

« Tous les coups sont permis pour remporter la bataille qui fait rage.« C'est un peu comme une élection chez les Verts. Il y a peu de votants, beaucoup de candidats, tous se connaissent, tous se détestent cordialement », ironise un candidat en lice. Mais cette année, c'est "House of Cards" chez les avocats! » (L’Obs)

Haro sur le Vice-Batonnier

« Du rififi dans la campagne. Reste que la candidature contestée de l’actuel vice-bâtonnier Laurent Martinet, associé d’un prestigieux cabinet américain, ajoute sa pincée de rififi dans la campagne. Cela est néanmoins "déloyal" et bouleverse les règles du jeu,  fustigent ses principaux concurrents » (le Point).

« Pour ses concurrents, le vice-bâtonnier Martinet profiterait des moyens de l'ordre pour faire campagne. L'intéressé a donc dû rendre la carte Bleue de l'ordre, sa voiture et son chauffeur. Il a également dû communiquer la liste de ses agapes depuis janvier. Chaque semaine, son agenda de vice-bâtonnier a été transmis à la commission de contrôle des élections. Pas suffisant. Le 17 mai dernier, alors qu'il descend du TGV qui vient de le mener à Nantes, où il doit assister au congrès de la Fédération nationale des Unions de Jeunes Avocats, il reçoit un coup de fil empressé de la commission. Des candidats exigent la preuve que les billets ont bel et bien été payés avec ses propres deniers »(L’Obs).

Le poids des grands cabinets

« Le soutien des cabinets d'affaires internationaux (environ 25 % du corps électoral), (pèse lourd). « Avant, ils s'intéressaient peu ou pas à cette élection (puis ils ont compris que l'ordre était un lieu de pouvoir et d'influence. Et la profession, un puissant lobby. » Sur son blog, XXX  a révélé l'existence de consignes de vote données par un des associés du cabinet Allen & Overy à ses collaborateurs lors d'une élection des membres du Conseil de l'Ordre. « Dans certains cabinets, il n'est pas rare que, le jour de l'élection, les secrétaires récupèrent les cartes d'électeur et les codes des collaborateurs afin de voter à leur place pour un candidat choisi par la direction ». (L’Obs)

Une débauche de moyens

« Un tel enjeu de pouvoir fait que le bâtonnat ne se réduit plus à une campagne de petits fours. Au fil des années, les campagnes pour le bâtonnat se sont professionnalisées. La dernière n'a rien à envier à celles des politiques. Campagnes de mailing intensives. Sur les réseaux sociaux, le moindre rendez-vous de campagne est aussitôt photographié et tweeté. Certains candidats ont également mis en place des équipes de « jeunes » sur le modèle de ce qui peut se faire dans les partis politiques, communicants professionnels à l'appui. Cette professionnalisation des campagnes pose la question des moyens déployés ». (L’Obs)

« Les chiffres évoqués laissent songeur : si les estimations tournent autour des 100 000 euros, les frais engagés par certaines équipes pourraient dépasser les 200 000 euros. « C'est beaucoup plus cher qu'une campagne pour être élu député », avance un avocat en vue. « Si certains dépensent de telles sommes, c'est qu'ils en attendent un retour sur investissement, assez éloigné de l'intérêt général », considère la candidate  XXX » . (L’Obs)

« Les cocktails, meetings et causeries s’enchaînent à un rythme effréné à grand renfort de buzz sur les réseaux sociaux, le tout orchestré par des communicants émérites issus pour certains du sérail politique. Les prétendants multiplient les festivités. Ainsi la soirée "jazzy" organisée par le duo XXX sur une péniche du 6e arrondissement a tout juste supporté le poids de près de 500 personnes. Les sympathisants ont pu y découvrir, entre musique et soleil couchant, le clip de campagne des candidats, sorte de planche photographique animée où une cinquantaine de leurs confrères célèbrent leurs vertus. Le 11 juin au soir, XXX recevaient à la Pinacothèque. Une bonne partie de la jeunesse dorée du barreau d’affaires était là pour afficher son soutien aux candidats ». (le Point).

« Pourtant, les quelque 7 000 avocats parisiens qui gagnent moins de 36 000 euros par an contemplent cette compétition d’ego hypertrophiés avec des yeux ronds : "Entre 50 000 et 300 000 euros pour une simple élection professionnelle ! Quel est le retour sur investissement ?" s’étrangle cette future abstentionniste ». (Le Point)



C’est sans doute un travers du journalisme contemporain que de réduire les compétitions électorales, même les plus nobles,  à des matches de catch. Et de prêter  à ceux qui y prennent part des motivations et des calculs nécessairement sordides.

Même s’ils forcent le trait, les auteurs de ces articles n’ont pas tiré de leur imagination ces anecdotes, ces chiffres et ces propos cruels.  Ils doivent bien avoir un minimum  de fondement. 

Comment a-t-on pu en on arriver là ?

 

 

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