Du shintoisme japonais par O Perrin (18/03/2011)

-Emperor_Hirohito_coronation_1928.jpgChez les fidèles japonais du shintoïsme, la disparition est intrinsèquement liée à l’existence.

Voilà pourquoi les paysans japonais touchés par le tsunami (et les radiations) apparaissent résignés aux yeux des Occidentaux

Les images qui nous parviennent du Tohoku, cette région du Japon où l’agriculture est dominante, sont bouleversantes. Des paysans qui errent parmi des tonnes de décombres, apparemment retenus, même si l’effroi se lit sur leur être physique.

 

Or le regard occidental est biaisé lorsqu’il s’étonne de la réaction des Japonais face à une tragédie qui nous apparaît spectrale, au souvenir apocalyptique, mais bien rationnel, réel, des cendres d’Hiroshima et de Nagasaki.

Ce regard ne voit pas – ou interprète mal – la «résignation» qui habite les fidèles du bouddhisme peuplant les campagnes nipponnes. Lesquels sont adeptes du shintoïsme, littéralement de «la voie des dieux», une religion polythéiste très étroitement liée aux personnages de la mythologie japonaise.

Dans cette «version orientale» de l’animisme, les catastrophes naturelles dues au feu (souterrain) ou à l’eau (en surface) font pleinement partie de la vie. Elles en sont même une donnée fondamentale, qui s’exprime dans le culte shinto, où la purification est un acte quotidien destiné à surseoir aux calamités terrestres. A tenter de répondre, sans beaucoup d’illusions, à la précarité de toute chose, qu’elle soit inerte ou vivante. Très humblement et surtout momentanément, car de toute manière, rien ne saurait bénéficier d’un statut d’objet permanent, selon ces croyances ancestrales.

La disparition est intrinsèquement liée à l’existence. Tout est ainsi dit «impermanent», rappelle le spécialiste des religions Tetsuo Yamaori , dont la démarche traite des dieux du shinto comme des «actants», au sens d’objets opérateurs de la réalité sociale. Ce chercheur renommé est notamment l’auteur de Nihonjin no shukyo kankaku («La sensibilité religieuse des Japonais») et il tend, on le voit, à soutenir que les dieux ne sont finalement pas si différents des humains, appelés à souffrir sans mot dire face aux forces qui les dépassent.

article écrit par olivier perrin journaliste au temps

15:11 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |